 | Comment peut-on être breton ? Essai sur la démocratie français
Prix : EUR 5,95
Certes, Morvan Lebesque écrit bien, et la partie autobiographique de son récit, décrivant la rencontre longtemps différée d'un jeune homme et de son pays, par l'intermédiaire de la langue bretonne, est forte et émouvante. Certes, la partie polémique contient des citations hautement significatives et des rappels salutaires. Certes, la passion mène parfois à des amplifications bien pardonnables. Mais enfin, l'histoire de la Bretagne est un peu plus complexe que ce qu'en dit l'auteur. Si l'asservissement colonial a existé, il faudrait tout de même rendre compte de la réalité économique actuelle de la Bretagne, le taux exceptionnellement élevé de réussite au Bac dans l'académie de Rennes, l'importance de l'électronique dans le Trégor, etc. Sur tous ces points, silence. Silence aussi, et c'est plus regrettable, sur la gravité de la compromission entre les chefs du mouvement de renaissance celtique et l'occupant nazi. Ne comptez pas sur l'auteur pour vous apprendre que Roparz Hemon, pourtant copieusement cité pour son inlassable activité au service de la culture bretonne, fut condamné à la Libération pour son activité de propagande au service de ce Reich qui avait assuré, disait-il, cinq années de liberté à la Bretagne". Pourquoi avoir tu ces vérités historiques? N'est-ce pas parce qu'elles étaient plus difficiles à vérifier quand ce livre fut écrit?
Il y a peut-être plus gênant encore: l'auteur semble souvent parler au nom d'une autorité mystérieuse ("Nous ferons ceci, cela...") Qui est ce "nous", et qu'est-ce qui confère qualité à qui que ce soit pour parler au nom des Bretons? Morvan Lebesque semble bien se faire le porte-parole d'une "élite" autoproclamée qui déciderait souverainement de ce qui est bien et mal. Le souvement breton n'a justement pas un passé démocratique qui permette d'être rassuré sur ce point.
Reste que l'auteur a donné de la patrie la plus belle définition qui soit: "Quelque chose qui vous rend heureux."
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