 | L'Histoire secrète de l'espèce humaine
Prix : EUR 22,00
Que déduire (et non conclure) de ce livre ?
D'abord et surtout, que ses détracteurs ne font pas preuve de la rigueur scientifique dont ils reprochent le manque à ses auteurs. Et qu'ils emploient le même ton condescendant que les mandarins dénoncés précisément dans l'ouvrage. Quelques exemples.
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« Par ailleurs, deux scientifiques, membres du Bhaktivedanta Institute, une émanation de la Société Internationale pour la Conscience de Krishna, n'hésitèrent pas, eux non plus, à afficher « clairement leurs intentions » en publiant un ouvrage : « L'Histoire secrète de l'espèce humaine », devenu un best-seller aux États-unis, traduit en dix langues et diffusé en français par les Éditions du Rocher. Réconciliant science moderne et « principes cosmologiques de la littérature védique indienne », ils voulaient démontrer que l'humanité remontait à des milliards d'années (*).
[NDLR : alors que les découvertes de la science font apparaître l'homme il y a des millions d'années.]
Voici une inexactitude : « je ne suis pas un scientifique » écrit lui-même Cremo, page 17.
Et la seconde : la conclusion indique page 359 « 'des humains anatomiquement modernes ont coexisté avec d'autres primates pendant des dizaines de millions d'années ». De 10 millions à des milliards, il y a un abus de langage trop important.
Article de Michel de Pracontal, nouvel obs du 22 12 2002
« Mais nos auteurs ne s'arrêtent pas en si bon chemin. Après la chaussure, ils exposent le cas de la sphère cannelée d'Afrique du Sud. Il s'agit d'une boule métallique agrémentée de trois cannelures parallèles qui rappellent un peu celles d'une boule à thé. Le problème vient de ce que cet objet aurait été découvert parmi des centaines d'autres sphères dans un gisement minéral situé près de la petite ville d'Ottosdal, dans le Transvaal, et serait vieux de 2,8milliards d'années. Cremo et Thompson affirment tenir ces informations de Roelf Marx, conservateur du musée de Klerksdorp, qui aurait notamment déclaré: «Les sphères sont un mystère complet. Elles semblent de facture humaine et pourtant, à l'époque où elles se sont trouvées prises dans cette roche, il n'existait sur Terre aucune vie intelligente.»
Petit rappel chronologique: les premières bactéries, apparues il y a de 3,5 à 3,8milliards d'années sur une Terre alors couverte d'eau, étaient les organismes les plus rudimentaires que l'on puisse imaginer. Une simple cellule faite d'une membrane séparant le dehors du dedans. De la paramécie à l'homme en passant par le ver, l'algue, la fougère, le requin, le rouge-gorge ou le diplodocus, toutes les formes vivantes dérivent de ces cellules primitives, selon un processus ininterrompu. En terme de durée, le règne des bactéries a constitué la plus grande partie de l'histoire de la vie. Les premiers fossiles d'algues multicellulaires remontent au maximum à 1,8milliard d'années, les premiers animaux dignes de ce nom au précambrien, il y a environ 600 millions d'années. Beaucoup plus récemment, le premier primate connu, trouvé dans le Montana, n'a guère que 70 millions d'années. L'idée d'un objet artisanal remontant à 2,8milliards d'années a donc de quoi perturber. On comprend la perplexité de Roelf Marx, mais il en faut plus pour arrêter Cremo et Thompson. Selon nos auteurs, «faute de trouver une cause naturelle satisfaisante, nous devons bien admettre que nous sommes en présence d'une découverte mystérieuse qui laisse la porte ouverte à la possibilité que la sphère cannelée d'Afrique du Sud soit l'oeuvre d'un être intelligent». On peut douter de l'intelligence d'un être qui fabrique une boule à thé à une époque où il n'existe même pas d'algues, mais ne chicanons pas. »
Vite, la boule sphérique devient une boule à thé, histoire de rendre complice le lecteur dans la moquerie. Mais qu'ont écrit juste avant les auteurs ? « même si on la (la boule) considère comme une concrétion de limonite, il reste à expliquer ces trois cannelures parallèles » ; et cela « laisse la porte ouverte à la possibilité » ne sont en rien des propos sectaires, mais l'expression d'un doute. Plus loin « Le point central est que Cremo et Thompson prétendent avancer une théorie plus conforme aux observations que la thèse en vigueur, alors qu'ils n'ont jamais effectué eux-mêmes la moindre observation (à part un examen tendancieux de l'«empreinte de chaussure» découverte par Meister, dans laquelle le dessin de la chaussure est aussi lisible qu'une forme quelconque dans un nuage de fumée). » Que disent les auteurs page 172 ? « Nous ne prétendons pas nécessairement que l'empreinte de Meister est authentique, mais nous pensons qu'elle devrait être jugée en toute objectivité et non sur la base d'idées préconçues. » Rien d'affirmatif donc : un doute. Et, sans doute, Michel de Pracontal est-il allé vérifier lui-même...(mais il est vrai que cet exemple n'est pas très convaincant).
Autre méthode, dénoncée dans l'ouvrage, justement : quand on ne sait pas quoi répondre sur le fond, on s'en prend à la forme et aux personnes ! pas plus loin que sur le site ebay :
Yann 57, Attention secte : « C'est un livre engagé, ou les auteurs annoncent des faits sans citer leurs sources (mensonges?) à des fins de propagande. Aucune affirmation des auteurs n'est vérifiable, leurs affirmations n'étant pas relayées par la bibliographie (d'ailleurs fort [fournie], mais existe-t-elle réellement??)
Listing de faits sans preuves pour , comme les auteurs l'avouent P 16 "Il y a bien une intention derrière cet ouvrage en effet..." »
Et hop ! quels menteurs ces auteurs ! Mauvaise foi et à-peu-près, le mal est fait, le doute et la suspicion sont jetés.
En fait, ce livre est un « résumé » d'un autre ouvrage plus important, qui cite ses références tout au long du texte ; certaines sources sont données aussi dans Histoire secrète (dans l'intro notamment). 23 pages de biblio « mais existe-elle réellement ?? ». Épluchez-vous toujours aussi systématiquement toutes les bio ? J'ai en tout cas vérifié pour Teilhard de Chardin et l'abbé Breuil : tout est exact.
[Et pas de conclusion hâtive à mon endroit si ce sont deux ecclésiastiques que j'ai choisis, du genre : « voilà un catho qui que quoi ». Car je me servirais alors, à ma grande honte, d'un argument aussi bas à votre égard. Vous écrivez « Michael Credo est chercheur en histoire et membre de l'History of Science Society and American Anthropology Association[...]" alors que page 17 "....je ne suis pas scientique (ah bon, c'est pas ce qui est marqué...). »
D'une part, chercheur et scientifique, ce n'est pas forcément la même chose (un chercheur peut être un compilateur, ce qui est le cas ici) et d'autre part, quelle confiance accorder à quelqu'un qui ne restitue pas la citation exacte «je ne suis pas scientique » pour « je ne suis pas UN scientiFIque » (deux erreurs) ou qui ne se relit pas ??? ]
Bref, s'il est vrai que les auteurs sont vraisemblablement des adeptes de Krishna (ce qui ne les livre pas automatiquement au bûcher), voilà un livre (le terme de document sur la couverture n'est pas très honnête, il est vrai, puisqu'il fait implicitement référence à une pièce inédite qui aurait été découverte, alors qu'il s'agit d'une compilation : commerce éditorial oblige !) qui bouscule bien des idées reçues (enfin, depuis la lecture de Charroux, je doutais bien un peu...).
Ayant été prévenu dès l'intro de la qualité des auteurs (ce qui est au moins honnête), je n'ai en revanche rien trouvé là-dedans qui me fasse croire à un quelconque « dogme philosophico-mystique (Boyer). Nulle citation du Veda qui viendrait à l'appui des hypothèses (comme dans l'Atlas de la création de Haroun Yaya, par exemple... « tout ce qui existe sur terre est l'oeuvre de Dieu », page 15). En bref, je ne me sens en rien converti !
A lire donc, en parfait accord avec Fontaine et Krieger, et jusqu'au bout, sans idées préconçues, et en se documentant soi-même solidement.
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